L’axe « Partage des savoirs : œuvres, écrits et pratiques – dynamiques profanes et religieuses » a pour moteur l’étude de la structuration des sociétés par l’écrit profane et religieux dans l’aire européenne, du Moyen Âge à la Renaissance, ainsi que les modalités de diffusion intermédiale de cette culture écrite. Pluridisciplinaire, cet axe fait dialoguer des travaux qui se donnent pour objet central le texte, suivant des traditions disciplinaires (philologie, rhétorique et poétique, histoire intellectuelle, histoire spirituelle), des champs d’études (néolatines et vernaculaires) et des démarches (d’édition, de traduction, d’archivage, en passant par différentes herméneutiques, jusqu’aux humanités numériques) variées. Ce dialogue, qui envisage les formes matérielles du texte (écrits, imprimés, livres, données numériques) et les pratiques par lesquelles elles se manifestent dans leurs contextes, s’ouvre naturellement à l’histoire et à l’histoire de l’art. Les travaux individuels peuvent se pencher eux-mêmes sur des disciplines envisagées seules (rhétorique, droit, théologie et mystique…) ou en contact. Dans leur réunion, ils acquièrent pour horizon une réflexion sur l’émergence des disciplines et des domaines de savoir (le partage entendu comme différenciation) et sur les modalités de leur diffusion (le partage entendu comme transmission).
Pour le Moyen Âge et la Renaissance, dans l’Europe du Nord et du Sud, les travaux de l’axe s’intéressent plus particulièrement :
– à la mobilité des écrits et des œuvres (thématique 1)
La notion de mobilité de l’œuvre émerge à l’issue des travaux menés dans le contrat précédent sur les « Lettres dans et hors le livre ». La mobilité peut être mise en œuvre au sein de l’axe par l’édition et la traduction de textes du Moyen Âge et de la Renaissance, ainsi que par l’archivage et l’inventaire d’écrits. Elle peut aussi être un objet d’étude sur différents terrains de la même période : la mise en recueil et en livre ; les pratiques de traduction, d’édition et de l’autorité d’auteur ; les pratiques sociales, séculières comme religieuses, associées à la culture écrite et picturale ; les performances oratoires ; les modalités de conservation, de mise en collection et de transmission patrimoniale.
– aux usages du savoir (thématique 2)
L’étude des textes menée dans cet axe peut s’intéresser à l’action par les écrits dans leur contexte. L’enjeu est l’étude de l’émergence et de la définition des disciplines et des champs de savoir, envisagés seuls ou dans leur rapport avec la théologie (dynamique religieuse) et la rhétorique (dynamique profane), notamment. Elle inclut l’approche des écrits et des œuvres dans une expérience sensorielle et physique, entendue dans la réception passée, mais aussi au présent, via la fabrique numérique du Moyen Âge et de la Renaissance, par exemple. Elle s’attache à l’identification de leurs usages collectifs et individuels : pédagogie ou exercice du pouvoir, transmission ou contestation des savoirs. Elle peut les envisager au prisme du genre, notamment sous l’angle de pratiques d’écriture et de savoir au féminin. Elle examine la construction de catégories, comme celles de Moyen Âge et de Renaissance, ou encore celles relatives à ce que l’on appelle aujourd’hui littérature.
– à l’inscription territoriale de l’histoire intellectuelle (thématique 3)
Un programme de travail pluridisciplinaire intitulé « Humanismes en/sur le Beauvaisis » (HSB, lauréat « projet émergeant-recherche collaborative » MESHS-Lille-Nord-de-France 2026-2028) envisage comme une plateforme d’échanges un territoire d’inscription de l’université de Picardie, le Beauvaisis. Ce faisant, ce projet prend place aux côtés d’autres approches régionales de l’humanisme en France ou en Suisse actuellement en cours. Plutôt qu’un humanisme européen, il s’agit d’étudier des humanismes locaux : ces derniers sont alors envisagés comme le produit d’un syncrétisme entre des identités culturelles régionales et l’influence des idées italiennes. Par quels réseaux individuels, institutionnels et de pouvoirs passe l’acclimatation de l’humanisme en Beauvaisis, du XVe siècle au début du XVIIe siècle ? De quelle manière les savoirs humanistes informent-ils de nouveaux savoirs littéraires, historiographiques, juridiques et géographiques, qui façonnent une perception renouvelée du Beauvaisis (territoire alors bien distingué de la Picardie) ?
L’approche entend concilier deux modalités complémentaires de travail : les études disciplinaires fondamentales d’une part et la réponse à des appels à projets collaboratifs d’autre part, en particulier les appels tournés vers les humanités numériques. Le projet intègre l’intensification des coopérations avec des partenaires régionaux (collectivités territoriales) en vue de la valorisation des fonds patrimoniaux du Beauvaisis, notamment en histoire religieuse autour des archives du diocèse. L’ensemble vise à favoriser la diffusion des travaux universitaires auprès des décisionnaires territoriaux et d’un public élargi de non spécialistes.